top of page

La crise de la quarantaine : quand réussir ne suffit plus.

Dernière mise à jour : il y a 19 heures



« A midi commence la descente, déterminant un renversement de toutes les valeurs et de tous les idéaux du matin ». C.G. Jung

 


À la quarantaine, ce n’est pas toujours votre métier qui ne vous convient plus. C’est parfois l’identité qui l’exerçait.





On parle souvent de la « crise de la quarantaine » comme d’une période de doute, d’instabilité ou de remise en question. Cette phase de la vie est souvent perçue comme un tournant, un moment où l'on se retrouve face à soi-même, confronté à des choix cruciaux et des réflexions profondes sur le sens de son existence. Elle est marquée par une introspection qui pousse à reconsidérer les choix passés et à évaluer l'orientation future.


Mais ce qui vacille n’est pas forcément la vie elle-même. En effet, il ne s'agit pas simplement d'une remise en cause de l'existence, mais plutôt d'une évaluation de la manière dont nous avons construit notre parcours jusqu'à présent.

Cette période peut être perçue comme une opportunité de réévaluation et de redéfinition de soi, offrant un espace pour explorer des aspirations longtemps négligées.

C’est parfois la manière dont nous l’avons construite qui est mise en lumière.

Dans Les étapes de la vie, Carl Gustav Jung compare l’existence au mouvement du soleil, un symbole puissant de transformation et de cycles. Le matin de la vie est celui de l’expansion : nous cherchons notre place dans le monde. Nous apprenons, travaillons, construisons, fondons une famille, assumons des responsabilités, développons une carrière, et cherchons à être reconnus par notre entourage. Chaque étape est marquée par une quête de validation et d'accomplissement, où les succès et les échecs s'entrelacent pour façonner notre identité.

Nous avançons avec des objectifs, des devoirs, des ambitions et, souvent, le désir de répondre aux attentes de notre entourage, de notre milieu ou de notre époque. Cette dynamique peut être à la fois motivante et épuisante, car elle nous pousse à nous conformer à des normes et des standards qui ne nous appartiennent pas toujours.

Cette étape est nécessaire, car elle permet de bâtir une situation, une expérience, une sécurité, et une image de soi. Elle nous donne des repères et une place dans le monde, mais elle peut aussi nous enfermer dans des rôles préétablis.


Mais Jung montre qu’arrive un moment où les règles qui nous ont permis de grandir ne suffisent plus à nous faire vivre.

Il écrit que l’on ne peut pas vivre « l’après-midi de la vie selon le programme du matin ».

Autrement dit : ce qui a été juste, utile ou nécessaire autrefois peut ne plus répondre aux questions qui se présentent aujourd’hui. Ce qui nous portait peut devenir lourd. Ce qui nous motivait peut perdre son sens. Ce qui définissait notre réussite peut ne plus correspondre à ce que nous sommes devenus. C’est souvent là que commence ce que l’on appelle la crise de la quarantaine.


Au niveau professionnel, elle ne se manifeste pas toujours par un échec. La personne peut être compétente, reconnue, installée, voire performante. Elle peut avoir atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, mais ressent une lassitude profonde, une difficulté à se projeter dans l'avenir, un désengagement progressif ou le sentiment de jouer un rôle devenu trop étroit. Cette dissonance entre l'image de réussite et le ressenti intérieur peut créer un malaise palpable.

Elle n’est pas nécessairement fatiguée de travailler. Elle peut être fatiguée d’incarner, jour après jour, une version d’elle-même qui ne lui correspond plus entièrement. Les rôles que nous endossons peuvent nous aliéner, nous éloignant de notre essence. Le dirigeant solide, le manager toujours disponible, le salarié irréprochable, le commercial performant, le parent responsable, la personne qui ne doute jamais : ces identités peuvent devenir des masques pesants. À force d’occuper une fonction, nous pouvons oublier ce qui, en nous, ne se réduit pas à cette fonction.


Alors une autre question surgit : « Est-ce que je veux continuer à réussir de cette manière ? »

Cette interrogation devient un catalyseur pour la réflexion personnelle et professionnelle, poussant à reconsidérer les valeurs et les priorités.


Sur le plan personnel, le mouvement est souvent tout aussi profond. Le couple peut être interrogé, les enfants grandissent et deviennent plus autonomes, les parents vieillissent, et le corps rappelle que le temps n’est pas illimité. Des rêves oubliés, des désirs anciens, des regrets ou des colères longtemps contenues remontent à la surface, créant un besoin urgent d'affronter ces émotions refoulées.

Ce qui était supportable par devoir peut devenir difficile à porter. Ce qui était tu par prudence peut réclamer d’être entendu. Ce qui avait été remis à « plus tard » peut soudain sembler urgent.

Cette période peut alors donner envie de tout changer : quitter son emploi, changer de lieu de vie, rompre une relation, se réinventer brutalement. Ces impulsions peuvent être séduisantes, mais il est crucial de reconnaître que toute rupture n’est pas forcément une transformation. Parfois, nous cherchons à changer de décor alors que la véritable question est intérieure.


C’est pourquoi l’enjeu n’est pas nécessairement de tout quitter. Il est d’abord de discerner.

Distinguer une fatigue passagère d’une perte profonde de sens.

Distinguer un besoin de liberté d’un désir de fuite.

Distinguer ce qui doit être abandonné de ce qui peut être transformé.

Distinguer l’image que nous avons construite de ce qui demande réellement à être vécu.

Ce processus de discernement est essentiel pour naviguer à travers la complexité de cette période.


Chez Jung, cette période correspond à un mouvement d’individuation : devenir progressivement plus conscient de soi-même, de ses contradictions, de ses aspirations véritables et des parts de soi laissées dans l’ombre.

Il ne s’agit pas de renier sa première vie. Il s’agit de ne plus vivre uniquement selon les exigences qui l’ont organisée.


La quarantaine peut alors devenir non pas une crise de l’âge, mais une crise de cohérence, un moment de vérité où l'on cesse de se demander : « Que dois-je encore prouver ? » Pour commencer à se demander : « Qu’est-ce qui, maintenant, demande à être vécu avec plus de vérité ? »


Et peut-être est-ce là une autre manière de réussir : non plus seulement réussir sa vie, mais commencer enfin à l’habiter, en intégrant toutes les facettes de notre être, en accueillant nos désirs et nos aspirations, et en construisant un avenir qui résonne avec notre authenticité. Cette approche permet non seulement de traverser la crise, mais aussi de la transformer en un tremplin vers une existence plus riche et plus épanouissante.


 Inspiré de Carl Gustav Jung, « Les étapes de la vie », dans La dynamique de l’inconscient, Œuvres complètes, tome VIII.


Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page